PRÉCÉDEMMENT DANS PLUS BELLE LA VIE
INTÉRIEUR – Dans l'appartement des Marci - Journée
Johanna se met à partir et sa mère et elles sont en larmes.
Johanna : Tout ira bien maman.
Blanche : Je sais, ma chérie, allez, tu vas être en retard.
INTÉRIEUR – Dans le bar de Roland – Journée
Roland est dans le bar et pose une enveloppe sur le comptoir.
Malik : Pas besoin de vous demander comment s'est passé à la banque.
Roland : C'est foutu, je ne serai jamais propriétaire du Mistral. Parce que maintenant, rendez-vous demain avec le médecin-conseil de l'assurance.
Malik : Bon, il n'y a pas à s'en faire, le crédit vous l'aurez, vous êtes solide comme un roc. (Il sourit.)
Roland : Un roc ça s'effrite. Quarante-cinq ans que je fume et je n'ai pas vu un toubib depuis au moins dix ans.
Malik : Parce que vous n'en avez pas besoin.
Roland : Va savoir.
INTÉRIEUR – Dans le bureau de Céline – Journée
Céline : Vous avez sept minutes de retard. Qu'est-ce que c'est que cette loque ?
Vincent : (Voyant Céline toucher son sourcil.) Qu'est-ce que vous faites, si ce n'est pas trop indiscret ?
Céline : J'essaie de vous rendre présentable.
Picmal :(Arrivant avec un autre homme.) Ne vous gênez pas pour nous. Vous pouvez remercier mademoiselle Frémont C'est à elle que vous devez cette deuxième et dernière chance. (Il s'assoit.)
Vincent : Monsieur l'adjoint au maire, monsieur le conseiller, je voudrais d'abord vous remercier de m'avoir reçu.
MAINTENANT DANS PLUS BELLE LA VIE
EXTÉRIEUR – Dans la rue – Matinée
Aïcha est en train de courir. Elle s'arrête et prend dans son sac à dos une bouteille d'eau et elle boit. Elle frappe à une porte. Elle regarde vers la fenêtre et retape à la porte. Une femme ouvre la porte.
Femme : Ah Aïcha, je ne t'avais pas entendue, j'étais dans la salle de bains. Attend justement, j'ai du courrier pour toi. Tu veux entrer ?
Aïcha : Non non, merci, je n'ai pas trop de temps là. (Aïcha regarde l'enveloppe.)
Femme : Dis-donc, il faut que je te dise quelque chose, je ne peux plus te faire ton certificat d'hébergement. Je suis désolée mais il faut que trouve quelqu'un d'autre.
Aïcha : Ouais, ouais d'accord. De quoi, t'as dit quoi là ?
Femme : Yasmina a été expulsée il y a une semaine, tu sais ? Et c'est vraiment la merde pour nous tous. Si tu veux, ils veulent nous piéger, ils veulent vraiment démonter l'association et je suis désolée mais pour les autres filles, ce ne serait pas possible.
Aïcha : Attends, Yasmina a été expulsée, (elle souffle) mais elle n'a pas eu son droit d'asile ?
Femme : Non. Ce n'est pas une surprise pour nous tu sais, la plupart des filles qu'on s'occupe, c'est comme ça que ça se termine. Mais là vraiment, les flics veulent nous faire chier et c'est clair quoi.
Aïcha : Et si Yasmina n'a pas eu son droit d'asile, mais moi ce n'est pas la peine, je ferai mieux de reprendre le bateau tout de suite, hein.
Femme : Mais non, il ne faut pas dire ça enfin. Pense aux deux pour cents qui restent, et puis toi tu as un vrai métier, ne l'oublie pas. Alors le premier truc, c'est d'y croire. Et puis, tu trouves un certificat d'hébergement. Tu as une idée ? (Aïcha réfléchit.)
INTÉRIEUR – Dans l'appartement des Marci – Matinée
Le téléphone se met à sonner et c'est François qui répond.
François : Allô ? Ah, bonjour monsieur Martineau. (Regardant sa montre.) Ah, vous êtes matinal. Mais moi, je ne sais pas, monsieur Martineau, enfin oui. Pourquoi il ne l'aurait pas son prêt ? (Il boit une gorgée de jus d'orange.) Oui, il a soixante ans, oui et alors, c'est pas vieux. Pour certains, c'est même un nouveau départ dans la vie. (Il boit dans son bol alors que Lucas arrive et tape sur l'épaule de son père.) Non, mais, vous vous rendez compte de la situation dans laquelle vous me mettez là. (Il fait signe à son fils et Lucas se recoiffe les cheveux.) Oui, non mais, mais, c'est moi tout seul qui s'y est mis mais peut-être, m'enfin, je, je, je ne peux pas soumettre mon père à un interrogatoire en règle (son fils lui fait des gestes et il montre qu'il au téléphone). Mais ne vous inquiétez pas, sa, sa conseillère lui fait confiance. (Il mange un bout de croissant et il parle en mangeant.) Mais monsieur Martineau, je vais être obligé de vous laisser. Oui mais bien sûr, je vous tiens au courant. C'est ça, monsieur Martineau et merci d'avoir ap... (Monsieur Martineau coupe la conversation.)...peler. (À Lucas.) Tu as une drôle de coiffure toi. (Blanche arrive dans la cuisine et souffle. François continue de boire son verre de jus d'orange.) Hmm, hmm, moi je ne sais plus quoi faire avec ce Martineau. (Pendant que Blanche ouvre le réfrigérateur.) Il m'appelle à huit d'heures du matin pour me demander si mon père va avoir son prêt. Si ça continue, j'installe un numéro taxé, ça lui coûtera trente-quatre centimes à chaque fois qu'il appellera. Comme moi quand je déroge mon compte.
Blanche : Non, parce que toi tu déroges ton compte, toi.
François : Hmm, hmm.
Blanche : (À Lucas.) Mais je ne t'ai pas fait un bisou mon chéri. (Elle l'embrasse.) C'est quoi cette coiffure ?
Lucas : Bon, c'est bon lâchez-moi là.
Blanche : Comment vous me trouvez ? Pas trop dada mon tailleur, là. Et les cheveux lâchés, ça ne fait pas trop minette ? (Elle tape sur l'épaule de François.)
François : Hmm.
Blanche : Parce que l'année dernière, je les avais tirés en arrière.
Lucas : Et voilà, c'est reparti. La cérémonie annuelle de maman qui flippe sur sa tenue de rentrée des classes est ouverte. (Il tape sa main sur la table.)
François : Ne t'inquiètes pas, t'es parfaite. Moi, il faut que j'y aille. (Il finit son verre de jus d'orange.)
Blanche : Parce que les enfants, ils vous jugent dès le premier jour. Et si la première impression est mauvaise.
François et Lucas : (En même temps.) C'est foutu pour toute l'année.
Blanche : Surtout les CM1, c'est une année cruciale.
Lucas : (Pendant que son père mange un croissant.) Ben, l'année dernière tu disais que la classe CP, c'était casse-gueule pour une instit, c'était des bobards, alors ?
François : (En mangeant son croissant.) Hmm, à ce soir hmm. (Il embrasse son épouse.)
Blanche : Ben moi non plus, il ne faut pas que je traîne hein. Mes clés. Ah, qu'est-ce que j'ai fait de mes clés ?
Lucas : Tu les avais dans la main quand tu as rangé le beurre. Regarde dans le frigo.
Blanche : Dans le frigo, je ne suis pas à ce point-là quand même. (En retrouvant ses clés.) Ah si.
Lucas : Tu vois.
Blanche : (Regardant son fils partir.) Mais pourquoi tu es levé à cette heure-ci toi ?
Lucas : Oh ben, j'accompagne Rudy au lycée, ah ouais, c'est juste pour lui faire regretter d'avoir encore une année à se taper, tu vois ?
Blanche : Il en a de la chance dis-donc. Je t'ai jamais vu aussi élégant, t'es magnifique. (Sentant son fils.) Et puis tu as mis de l'eau de toilette.
Lucas : Ouais maman, tu vas être à la bourre, allez, dépêche-toi. (Après avoir vu sa mère partir, il se met à souffler.)
INTÉRIEUR – Dans la chambre de Rudy – Matinée
Quelqu'un frappe à la porte de la chambre de Rudy.
Mirta : Rudy, c'est moi. (Apportant un plateau pour son petit-fils.) Ben, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne devais pas commencer à neuf heures ?
Rudy : Si. (Il parle en mangeant mais ce qu'il dit est incompréhensible.)
Mirta : Pardon ? Ne m'aide surtout pas, hein ?
Rudy : Je disais que je n'avais pas envie d'être en retard. (Il prend un foulard et qu'il fait un nœud à son pantalon.)
Mirta : Ben, il n'y a pas de danger, il est huit heures.
Rudy : Oui mais c'est que j'accompagne Ninon, la fille de l'architecte, c'est son premier jour, alors elle a un peu peur de se perdre dans les couloirs.
Mirta : Bien sûr, je comprends. Et toi, tu te sacrifies.
Rudy : (Continuant de manger.) Dis-donc, Mima, c'est pas toi qui m'a appris d'être toujours un gentleman, hmm ?
Mirta : Et bien, elle va bien durer cette petite. Elle n'a eu besoin de personne pour trouver le chemin de la gare Saint-Charles, hein. J'aime pas trop que tu fréquentes ce genre de petite.
Rudy : Ne soit pas casse... (Le deuxième mot n'est pas compréhensible.)
Mirta : Casse quoi ? C'est que tu as peur de ne pas la reconnaître que tu as mis sa photo au mur. En tout cas, la bonne nouvelle, c'est que pour une fois, tu ne seras pas en retard au lycée.
Rudy : Un bisous. (Il lui fait un baiser sur le visage.) Bye.
Mirta : Tu ne prends rien ?
Rudy : (Touchant le plateau.) Oh, pas le temps, excuse-moi. (Il s'en va.)
Mirta : Prends quelque chose. Comment tu vas faire pour tes cours ?
Rudy : Il n'y a jamais cours le premier jour.
Mirta : Oui et bien et fais attention quand même. (Il lui fait un bisous de loin et s'en va cette fois-ci.) Oh.
EXTÉRIEUR – Dans la rue – Matinée
Aïcha court lorsqu'elle percute un policier. Son sac tombe au sol.
Aïcha : (Elle reçoit l'aide du policier.) Oh, merde, pardon, excusez-moi. Je suis désolée.
Policier : Je vais vous aider. (Il l'aide à ramasser ses affaires.)
Aïcha : Merci. (Pendant que le policier ramasse l'enveloppe.)
Policier : Une seconde. Vous avez vos papiers.
Aïcha : Oui, bien sûr. (Elle lui donne un passeport.)
Léo : Chaplain. Ça va Chaplain ? (Il le salut.) Vous tombez bien, vous pourriez repasser à la boîte, ils préparent une descente de Benies, ils ont besoin de monde.
Chaplain : Maintenant, là ?
Léo : Oui.
Chaplain : OK, j'y vais.
Léo : Merci, je m'en occupe.
Chaplain : C'est bon, ses papiers sont en règle.
Léo : On va au même endroit, je crois, je vous accompagne.
Aïcha : Mais je n'ai pas terminé mon entraînement.
Léo : Ben pour une fois, vous allez faire une exception.
Aïcha : Ouais, mais je m'entraîne pour Marseille-Cassis, et j'ai envie de passer en-dessous de trois heures et demie.
Léo : Ah bah, c'est un objectif intéressant, en effet. Et à part ça, dans la vie, c'est quoi votre objectif ?
Aïcha : C'est quoi là, c'est un interrogatoire ?
Léo : (Prenant l'enveloppe et voyant l'adresse.) Lemdia, je connais vous savez. Vous venez de Lemdia ?
Aïcha : Oui, je peux partir maintenant ? (Elle commence à partir mais Léo insiste.)
Léo : Eh, doucement, on peut bavarder un peu quand même. (Aïcha regarde Léo et au sol.)
INTÉRIEUR – Dans le hall de l'hôtel Select – Matinée
Mirta regarde son courrier alors que Rachel arrive dans la pièce.
Rachel : Le Roland, il est d'une humeur à faire tourner la crème de son café.
Mirta : Il vous a dit si quelqu'un allait l'accompagner à la visite médicale ?
Rachel : Pourquoi ? Il ne peut pas y aller tout seul ?
Mirta : Son fils pourrait l'accompagner quand même.
Léo et Aïcha arrivent dans l'hôtel.
Aïcha : Merci. (À Rachel et Mirta.)
Cette dernière monte les escaliers avec une tête d'enterrement.
Léo : Elle n'a pas l'air d'aimer beaucoup la police, je me trompe ? J'espère pour toi qu'elle est déclarée parce que tu sais en ce moment...
Mirta : Écoute-moi bien Léo, cette petite me donne un coup de main par amitié. Tu sais ce que ça veut dire l'amitié ?
Léo : Moi je sais oui, mais il y a du passage dans l'hôtel et les gens sont bavards.
INTÉRIEUR – Dans l'hôtel Select – Dans la chambre de Rachel – Matinée
Aïcha est en train de lire la lettre qu'elle a reçue. Elle sourit puis, entendant du bruit, range sa lettre. Après avoir arrêtée d'entendre du bruit, elle continue sa lecture et embrasse la lettre, la mettant sur son cœur.
EXTÉRIEUR – Dans la cour du Mistral – Matinée
Rudy et Lucas attendent Ninon, qui court vers eux.
Ninon : Salut, ça va, je ne suis pas trop en retard ? Désolée hein, je regardais les infos, j'ai pas vu l'heure. (Elle embrasse Rudy et Lucas.) Vous êtes toujours ensemble, hein ? Inséparables. Vous vous n'êtes jamais posés de questions sur votre identité sexuelle ?
Rudy : Elle ne joue pas vraiment sur l'humour parisien.
Lucas : On ne peut pas comparer, ouais. (Elle se met à rire.)
Ninon : Ouais, ça va, je plaisante. Ah j'ai la pêche aujourd'hui, j'adore la rentrée.
Lucas : Et ben toi la rentrée, ça te met en forme ?
Ninon : Hmm.
Lucas : Ils sont fous ces Parisiens, je te jure. (Rudy rigole.)
Rudy : C'est clair, il n'y a rien de pire que la rentrée.
Lucas : Ah ouais.
Rudy : En tout cas, j'en connais qui a de la chance de ne pas aller à l'école, hein ?. Tu sais quoi, franchement, tu vas me manquer.
Ninon : Pfff. Allez viens on y va, tu le verras ce soir ton pote. Salut Lucas. (Ils s'en vont.)
Rudy : Salut. (Il fait un signe de la main et ils montent les escaliers.) À ce soir, hein ?
Lucas : Pfff.
INTÉRIEUR – Dans la chambre de Rachel – Matinée
Rachel : (En voyant la tête d'Aïcha.) Bah, c'est ta lettre qui te met dans cet état-là (elles s'assoient) ou c'est la maison pour la gare. Je sais dit le poulet, Léo quoi. Hmm.
Aïcha : (Elle souffle.) Je ne sais pas, je crois que je ferai mieux de retourner d'où je viens.
Rachel : Oh là, là, ça ne te réussit pas la course à pied. Qu'est-ce qu'y a qui ne va pas ?
Aïcha : J'ai honte quand je lis la lettre de ma mère. Je lui ai mentis, la pauvre, elle croit que je suis infirmière à la Timone alors que je cherche un certificat d'hébergement. À partir d'aujourd'hui, je suis dans l'illégalité, voilà. (Elle pose sa lettre sur le lit.)
Rachel : C'est pour ça que tu pleures ? Mais demande-le à Mirta ton certificat d'hébergement. (Aïcha se lève.) Je ne vois pas où est le mal puisqu'elle t'héberge.
Aïcha : Oui.
Rachel : C'est pas mentir.
Aïcha : Oui, mais c'est dur de tout le temps demander de l'aide. Mirta, elle a déjà fait tellement pour moi.
Rachel se lève et prend le drap housse, ce que ne veut pas Aïcha.)
Aïcha : Attends, c'est à moi de faire ça, laisse.
Rachel : (Faisant le lit avec Aïcha.) Tu crois que je serai là en train de papoter avec toi si les gens du Mistral ne m'avaient pas aidée. Hmm. Mirta, le loyer qu'elle me fait payer, c'est comme un cadeau. Et puis, il faut savoir accepter la générosité aussi. Allez, tire de ton côté. Voilà. Et puis t'es vraiment infirmière, tu ne lui as pas menti à ta mère, la Timone ou la Rachel, c'est toujours un même boulot.
Aïcha : (En soufflant.) Attends quand je pense que ici, vous manquez d'infirmière et moi qui suis diplômée, je ne peux même pas travailler, tu vois.
Rachel : Et ben, elle a des ratés la mondialisation. Mais ton diplôme, c'est tout de même un atout pour obtenir ton droit d'asile, hmm ?
Aïcha : Ben, je ne me fais pas d'illusions, je ne l'aurai jamais mon droit d'asile. Après tout, retourner au pays, c'est peut-être mon destin.
Rachel : Ah, c'est ça, c'est mektoum. Mais il a bon dos le mektoum. Alors, on a des problèmes et ces mektoum, on baisse les bras. (Aïcha rigole.)
INTÉRIEUR – Dans le bar du Mistral – Journée
Roland est en train de laver les carreaux. Pendant ce temps, Mirta traverse la place du Mistral pour rejoindre Roland qui a une cigarette dans la main.
Roland : (S'arrêtant de nettoyer.) Ah, Mirta, (il cache sa cigarette dans le dos) tu m'espionnes ou tu m'admires ?
Mirta : Les deux mon général, je n'arrive pas à en croire mes yeux, tu fais les carreaux maintenant ?
Roland : Ben oui, la dernière fois que Mélanie les a faits, on aurait dit de la peinture abstraite. (Ils se mettent à rire.) Et puis, ça me fait de l'exercice, c'est bon pour la santé.
Mirta : À propos d'exercice, si tu veux, je pourrais t'accompagner chez le docteur cet après-midi, je me suis arrangée avec Aïcha.
Roland : Mais pourquoi faire ? Je suis encore assez valide pour y aller tout seul, hein ?
Mirta : Mais bien sûr, mais tu ne comprends pas que c'est un prétexte. Je me suis dit que ça nous ferait un petit moment, ensemble, tous les deux.
Roland : Quel moment ? En fait, tu es formidable, Mirta, tu ne veux pas que le quartier soit au courant pour nous deux et après tu me proposes de m'accompagner chez le médecin comme deux petits vieux qui viennent de fêter leur noces de diamant. Ou alors, c'est pour voir la mauvaise nouvelle.
Mirta : Mais quelle mauvaise nouvelle ? Ils t'ont prescrit des examens, c'est tout. (Elle souffle.) Ah, écoute, t'as rendez-vous chez le docteur ou la cartomancienne. (On voit sa cigarette derrière son dos.)
Roland : Oh, tu sais, avec eux, on sait quand ça commence et...
Mirta : Ah, t'en fais des histoires pour une petite visite de rien du tout. Et puis, ne t'inquiète pas, le cancer de la mauvaise humeur, ça n'existe pas encore.
Roland : Merci pour ton soutien.
Mirta : (Voyant la main dans le dos de Roland.) Tu donneras la main droite à ton docteur, elle doit être malade, elle fume. (Elle s'en va tandis que Roland continue de fumer.)
EXTÉRIEUR – À la sortie du lycée – Journée
Lucas est en train d'attendre assis sur une marche la sortie des élèves. Des lycéens sortent et l'un prend son scooter et s'en va. Lucas attend toujours et Rudy arrive enfin.
Rudy : Encore toi. On va finir par croire qu'on sorte ensemble à force.
Lucas : (En se levant.) Ouais. Et je mourrais d'envie si tu avais un bon emploi du temps et un maillot de bain. (Le visage de Rudy change.)
Ninon : (S'approchant des deux jeunes hommes.) Alors, on revient sur les lieux du crime.
Lucas : Tu m'as bien dit que depuis que tu habitais à Marseille, tu ne quittais plus ton maillot. (Elle lui montre son maillot de bain.) Ça te dirai de piquer une tête.
Ninon : Ah ouais.
Rudy : Attends, on ne va plus se le boire le sopo pour jouer.
Ninon : Ah désolée, je ne résiste pas à l'envie de parfaire mon bronzage. Je ne t'ai jamais dit que je rêvais d'être métisse ? Il y a encore du boulot.
Lucas : En parlant de soleil, ce serait bête de louper celui de 17 heures, c'est le meilleur.
Ninon : Allez.
Lucas : On y va. (À Rudy.) Euh, t'as pas ton maillot ?
Rudy : Ben non.
Lucas : Mais c'est con, j'ai failli t'en prendre un et puis j'ai oublié.
Rudy : Ce n'est pas grave.
Lucas : Bon, on y va ?
Ninon : Hmm. Salut.
Rudy : Salut. Euh, vous savez quoi ? Attendez, ce n'est pas grave, je vais vous accompagner. Hein, je pourrais briefer Ninon sur la métisse attitude, hein, on ne peut pas dire que tu sois un spécialiste en la matière. Allez, je viens avec vous.
Ninon : Allez. (Ils s'en vont à trois.)
On voit deux personnes qui s'embrassent, Ninon qui descend les escaliers en souriant, Aïcha qui entre dans l'hôtel avec Léo.
INTÉRIEUR – Dans l'hôtel Select – Journée
Mirta sort de sa chambre et va voir Aïcha.
Aïcha : Je me disais qu'on pourrait mettre une ampoule de couleur pour que ce soit plus gai.
Mirta : C'est une bonne idée. Et puis, si ça pouvait te rendre le sourire. (Elles sourient.) Rachel m'a dit pour ton certificat d'hébergement. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? (Un homme arrive dans l'hôtel.) Monsieur.
Homme : J'ai réservé. Monsieur Bourlote. Avec un seul T.
Mirta : Monsieur Bourlote, tout à fait, deuxième étage. (Aïcha donne la clé à monsieur Bourlote.)
Monsieur Bourlote : (Prenant la clé.) Merci, mademoiselle.
Mirta : Euh, monsieur Bourlote, vous devez porter votre bagage. Le portier est de sorti, je suis désolée. (Il prend son bagage et monte ; à Aïcha.) Je n'ai pas envie que tu t'angoisses. Je vais te le faire ton certificat d'hébergement.
Aïcha : Non, mais attends, tu en as tellement fait déjà.
Mirta : N'y penses plus, je te le fais, c'est tout. Et puis tu devrais téléphoner à ta mère, c'est quand même mieux d'avoir des gens au téléphone.
Aïcha : Ouais non mais, sérieux, ça c'est impossible. Tu, tu ne te rends pas compte, enjoliver dans les lettres, c'est facile mais mentir de vive voix, moi je ne peux pas.
Mirta : Mais tu peux dire la vérité. Ça n'est pas une honte de travailler chez moi pour obtenir tes papiers.
Aïcha : Tu ne peux pas comprendre, tu sais ma mère elle était vraiment fière de mon mariage, un beau mariage, et moi je me suis cassée comme une voleuse sans prévenir personne. Et en plus, j'ai pris l'argent de mon mari pour payer le voyage.
Mirta : Un mari qui ne voulait pas que tu fasses du sport et qui t'enfermait dans la maison. Merci du cadeau. Et puis ta mère, elle t'a pardonnée. (Elle sourit.) Sinon, elle ne t'écrirait pas.
Aïcha : Houah, franchement, jamais je n'oserai lui téléphoner.
Mirta : Écoute, moi tout ce que je peux te dire, c'est qu'il n'y a rien de pire que le silence. Ça gamberge, crois-moi, quand on n'a pas de nouvelles de son enfant. Pas savoir euh, comment est sa vie, comment il va.
Aïcha : Si je tombe sur mon père, ça va être la catastrophe, il ne veut même pas comprendre son prénom à la maison.
Mirta : Ah écoute, ce n'est qu'une question de temps ça. Ça lui passera. Et puis un jour, il s'apercevra que tu lui manques. (Elle sourit.) Une fille comme toi, elle ne peut pas la sortir de son cœur comme ça. (Elles sourient.)
Aïcha : Bon.
Aïcha allume la lampe.
Mirta : Oh, mais c'est très jolie.
Aïcha : Euh...
Mirta : Mais qui a dit que la lampe ne servirait qu'à éclairer. (Elles rigolent.)
EXTÉRIEUR – Sur la place du Mistral – Journée
Deux hommes sont à la terrasse du bar du Mistral. Roland sort du bar avec son dossier sous le bras, lorsque son fils arrive.
François : Oh papa, bonjour, tu vas bien ?
Roland : Pourquoi j'irais pas bien ?
François : Je me renseigne. Tu vas à ta visite médicale ? Si tu veux, je peux t'accompagner. Je me suis dit qu'avec tes angoisses face au toubib, euh, tu serai content de ne pas y aller seul.
Roland : Qu'est-ce qui se passe ? Vous vous êtes donnés le mot, ce n'est pas possible. (En haussant la voix.) Tu as peur que je sois mourant ?
François : Non, pourquoi tu t'énerves ?
Roland : Je ne m'énerve pas, j'explique. (Il s'en va et François le rejoint.)
François : Il ne faut pas que tu te fasses de soucis.
Roland : C'est ça oui, ne te fais pas de soucis, mais si je n'obtiens pas le prêt, qu'est-ce qu'on fait ? Un calendrier à poil pour sauver le Mistral.
François : Pourquoi on ne pourrait jamais discuter ?
Roland : Mais t'es pas venu me parler, t'es venu te rassurer. Tu l'auras ton argent, t'en fait pas. Je suis en forme, la preuve, depuis que tu m'as fait subir, je serai déjà mort si je n'avais pas une santé de fer.
François : T'es vraiment injuste.
Roland : Peut-être mais c'est ce qui me tient en vie, pour le moment.
Roland s'en va laissant son fils seul mais il se met à parler tout haut.
François : Fait un effort avec ton père, fait un effort avec ton père, ben je l'ai fait l'effort et voilà le résultat. (Il part là d'où il est venu.)
INTÉRIEUR – Dans le cabinet du docteur Montaigne – Journée
Docteur Montaigne : (Il ouvre la porte.) Monsieur Marci. Asseyez-vous. (Roland s'assoit avec son dossier qu'il pose sur la table. Le docteur Montaigne ouvre l'enveloppe et sort les documents pour les lire.) Eh bien, vous avez un sacré moral pour vous mettre un crédit sur le dos à votre âge. (Il s'assoit.) Je sais ce que c'est, j'ai sué sang et eau pour payer les traites de mon cabinet. Mais j'étais plus jeune, tandis qu'à nos âges... (En écrivant sur une feuille.) Bien, je vais vous prescrire un certain nombre d'examens. La santé est bonne ?
Roland : Euh, pleine forme, euh.
Le médecin se lève, prend son tensiomètre et va vers la partie examen du cabinet.
Docteur Montaigne : Je vous en prie. (Roland monte sur la balance et le médecin voit le résultat.) Eh beh, vous faites du sport ?
Roland : Euh, un peu de pétanque, pas à haut niveau. (Le médecin tape sur la table d'examen pour montrer à Roland qu'il doit s'asseoir, ce qu'il fait.)
Docteur Montaigne : Pas de maladie récente ?
Roland : Aucune, c'est bien simple, je ne suis jamais malade.
Docteur Montaigne : Le tabac ?
Roland : J'ai arrêté, depuis, depuis belle lurette.
Docteur Montaigne : Soulevez votre manche, s'il vous plaît. (Roland s'exécute.)
Le médecin met le brassard autour du bras de Roland et prend sa tension.
EXTÉRIEUR – Sur la plage de la Pointe Rouge – Journée
Lucas et Ninon sont allongés et le premier lit un livre. Ninon lui en parle.
Ninon : Ça a l'air dur le concours d'entrée, non ?
Lucas : Ouais, assez dur, ouais.
Rudy : Surtout pour le portefeuille. (À Ninon.) Au fait, tu ne lui as toujours pas dit ce que tu pensais de ta modeste place du lycée public.
Ninon : Ouais, je l'ai trouvée plutôt sympa.
Lucas : (Voyant des filles.) Tiens Rudy, il y a des copines à toi.
Rudy : (En regardant son côté droit.) Où ça ?
Lucas : Non, de l'autre côté, regarde. (Rudy se tourne et voit deux jeunes femmes.)
Ninon : Ce n'est pas vrai, tu connais toutes les filles de Marseille ou quoi ?
Lucas : Oh là là, pas aussi loin de Marseille. Il y a du passage ici, comme ça, toutes les visitées font des stages en langue étrangère. (Ninon rigole.) Il y a pleins de mots en suédois, en espagnol. C'est bien simple, il y aurait une option gonzesse au bac, il serait à la fac depuis longtemps, notre Rudy, hein ?
Rudy : Et s'il y avait une école de cinéma avec une option tubage de mouches et prise de tête, hein, ça ferait longtemps qu'il aurait eu son diplôme, hein mon petit Lucas.
Ninon : Ben moi, je vais me baigner.
Elle s'en va, laissant les deux jeunes.
Rudy : (S'approchant de Lucas.) T'as décidé de me pourrir la vie ou quoi là ?
Lucas : Je ne sais pas de quoi tu parles ?
Rudy : Ça va là, pas à moi.
Lucas : T'as voulu que je me décoince, alors tu vois je me décoince, hein ? (Ninon s'apprête à entrer dans l'eau en souriant.)
Rudy : Que les choses soient claires, Ninon, c'est moi qui l'ai vue en premier, OK ?
Lucas : Ouh là, là, mais c'est du très haut niveau çà. Tu ne veux pas qu'on se la joue aux osselets non plus.
Rudy : (En se levant.) Tu me soûles là. (Il marche sur le livre de Lucas.)
Lucas : Ma brochure.
Rudy : Ça va calme-toi.
Ninon : (Qui est revenue vers les jeunes hommes.) Ça va, vous êtes encore en train de vous bagarrer, hein ? Ce n'est pas à cause de moi que vous vous engueulez au moins ?
Rudy : Oh, pas du tout, non. On a juste des ennemis.
Ninon : Ennemis je ne sais pas mais frères, ça c'est sûr. C'est fou ce que vous vous ressemblez quand vous êtes en colère. (Elle rigole.)
Rudy : (Imitant des jumelles.) Non, pas content, pas content.
Ninon : N'importe quoi.
INTÉRIEUR – Dans le cabinet du docteur Montaigne – Journée
Docteur Montaigne : (Après avoir pris la tension de Roland.) Ah.
Roland : Qu'est-ce qui se passe ? (Le médecin va à son bureau sans rien dire.)
Docteur Montaigne : (Après s'être assis et écrit quelque chose.) Si vous cherchez un partenaire pour la pétanque, je suis votre homme, hein ? C'est la seule folie que je vous autorise. Mais il faut oublier les autres : les apéros, la bonne bouffe, et en ce qui concerne la bagatelle, je vous déconseille formellement les soutiens pharmaceutiques. Interdit la petite pilule bleue.
Roland : Oh, mais je n'en ai pas besoin. La mécanique est en parfaite état, je vous remercie.
Docteur Montaigne : Eh bien tant mieux alors, et bravo.
Roland : Bon, j'ai quoi exactement ? Parce qu'on ne va pas passer notre temps à jouer aux devinettes, hein, à nos âges.
INTÉRIEUR – À la réception de l'hôtel Select – Journée
Aïcha en profite pour appeler sa mère.
Homme : Allô ?
Aïcha : Allô ? Papa ?
Père d'Aïcha : Allô ?
Aïcha : C'est moi, c'est Aïcha.
Père d'Aïcha : On a pas besoin de toi. (Il a raccroché.)
Aïcha : Mais papa. (Elle raccroche tandis qu'il y a Léo derrière elle.)
Léo : Un problème ?
Aïcha : J'ai un mauvais pressentiment.
Léo : C'est la lettre de ce matin qui vous a apporté des mauvaises nouvelles ?
Aïcha : Je n'ai pas envie d'en parler.
Léo : Je vous comprends, je suis comme vous, je n'aime pas m'étaler. Mais à votre place, j'insisterai un peu. (Il prend le combiné et le donne à Aïcha.) Il faut toujours écouter ses intuitions.
Aïcha : Merci.
Léo : À demain.
Aïcha : (Le voyant partir.) Vous êtes de service de nuit ?
Léo : Je préfère la nuit, tout est plus vrai. (Il quitte l'hôtel.)
Aïcha tente de recontacter son père.
Aïcha : Allô Rachida, ma chérie, c'est moi. (Elle sourit.)
Rachida : Aïcha, Aïcha.
Aïcha : Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ?
Rachida : C'est maman, ils viennent de l'emmener à l'hôpital, avec l'ambulance.
Aïcha : Rachida, mais qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'elle a, qu'est-ce qu'il y a ? Quel hôpital ?
Rachida : Il faut que j'y aille à l'hôpital. Ils sont partis avec l'ambulance. Je vais les rejoindre.
Aïcha : Mais Rachida, qu'est-ce qu'il y a, qu'est-ce qui se passe, dis-moi ? T'as parlé avec un médecin, qu'est-ce qu'il y a ? Ils ont dit rupture d'anévrisme. (Elle est sous le choc et laisse tomber le combiné.)
DANS LE PROCHAIN ÉPISODE
INTÉRIEUR – Dans le loft des Chaumette – Journée
Céline : Vous êtes la fille de Vincent, c'est ça ? Votre père m'a beaucoup parlé de vous.
Ninon : Vous êtes la fille de la mairie, c'est ça ?
Céline : Vous pourrez m'appeler par nos prénoms. Moi c'est Céline.
Ninon : Alors, ils l'ont embauché ?
Vincent : On y va Céline, j'ai une faim de loup. (À sa fille.) Il y a tout ce que tu veux dans le frigo, ma chérie, hein. Surtout, tu finis tes maths.







