EXTÉRIEUR – Près du bar de Roland – Journée
Roland : Et François, comment te dire, ça s’arrange ?
Blanche : Ah, ça va aller, j’en sais trop rien.
Roland : Enfin, il te l’a dit pour le bar ?
Blanche : Non, qu’est-ce qui se passe ?
Roland : Il se passe, il se passe qu’il veut vendre, figure-toi.
Blanche : (Sous le choc.) C’est pas vrai. Ce n’est pas possible, pas à ce point-là.
EXTÉRIEUR – Près de la gare Saint-Charles – Journée
Vincent tient deux billets de train dans sa main. Ninon l’a vu.
Ninon : Pourquoi t’as pris deux billets ? Tu as prévu un aller-retour ?
Vincent : Non pas du tout, ce sont deux allers simples. Je rentre aussi. La mer, les goélands, tout ça, sans ma petite peste, ça risque d’être un peu fade. (Vincent donne un billet à sa fille et ils s’enlacent alors que Ninon arrache les billets.)
INTÉRIEUR – Au Select – Journée
Rachel, Roland et Mirta sont dans l’hôtel en train de fêter l’installation de Rachel avec une coupe de champagne à la main.
Roland : À Rachel. On est heureux de te retrouver, Rachel.
Rachel : Merci.
Mirta : Bienvenue chez vous au Select Hôtel. (Ils sourient.)
Aïcha : Mirta. (Ils sont tous en train de voir un homme devant l’hôtel.)
Roland : Léo ?
Mirta : Ça ne peut pas être lui !
Rachel : (Se tournant vers lui.) Léo.
Aïcha : Mais c’est qui ?
Rachel : Un ancien du quartier. Il a assassiné sa femme. (Léo entre dans l’hôtel.)
INTÉRIEUR - Au Select - Matinée
Rachel : (Pour elle-même.) Il doit bien être quelque part. Mirta, Mirta. (En criant.) Mirta !
Léo ouvre la porte de sa chambre, Rachel fait tomber sa radio, se retrouvant au sol.
Léo : (En se rasant.) Vous avez un problème ? (Rachel, se touchant les épaules, fait signe que non.)
EXTÉRIEUR - Bar du Mistral - Matinée
Roland est en train d’installer sa terrasse, faisant signe à quelqu’un qui roule à vélo. Il lui dit quelque chose mais on ne comprend pas ce qu’il prononce. Mélanie est au bar, en train de regarder son patron. Elle le rejoint.
Mélanie : Roland, vous savez où j’ai trouvé ça ? (Elle montre un cendrier où il y a plein de mégots dedans.)
Roland : Dans un endroit où t’avais aucune raison de fouiller, hein. (Il le repousse. Mélanie lui dit quelque chose mais cela semble inaudible.)
Mélanie : (Alors que Roland continue de mettre la terrasse en place.) C’est comme ça que vous vous arrêtez de fumer ?
Roland : Dit Mélanie, si tu t’occupais de ton travail au lieu de t’occuper de ma santé.
Mélanie : (Nettoyant les tables.) À propos, j’aimerais bien qu’on me tienne un peu au courant, hein ? Parce qu’avec tout ce qu’on raconte sur la vente du Mistral, euh…
Roland : Personne ne va vendre le Mistral, tu entends, personne.
Mélanie : Hmm. Même pas votre fils ?
Roland : Ça Mélanie, ce n’est pas mon fils. (François arrive vers le bar.) C’est mon propriétaire.
François : (Arrivant près d’une table, il y pose sa serviette.) Papa.
Roland : (Le considérant comme un client à part entière.) Monsieur, vous désirez.
François : Pourquoi t’as foutu Gilles à la porte ?
Roland : Monsieur veut sans doute parler du traître de l’agence immobilière qu’il a envoyé endosser dans mon bar.
François : (En colère.) Qu’est-ce que tu crois ? Que ça m’amuse ? Je suis obligé de vendre, tu comprends, obligé. C’est la survie de ma famille qui est en jeu.
Roland : Parce que moi je ne fais pas partie de ta famille, je peux bien crever la gueule ouverte, c’est ça ?
François : Mais… (Il fait une pause.) Mais ça ne va rien changer pour toi. Tu es le propriétaire de ton fonds de commerce. Tu paieras ton loyer à quelqu’un d’autre, c’est tout.
Roland : Et à quel prix ? Tu peux me le dire ? Et s' il décide de doubler le loyer, hein ? Et ben, je serais obligé de fermer, voilà. (Il s’en va pendant que François se met à souffler.)
François : (Sortant un petit papier.) Ce soir, à dix-huit heures, un acheteur va venir visiter ton bar qui est dans mes murs. (Il appuie ses mots alors qu’il donne le petit papier à son père.) Tu es tenu par la loi de nous réserver le meilleur accueil.
Roland : (En souriant.) Vous ? Parce que tu sera de la partie.
François : Exactement. Alors pas de coup tordu. De toute façon, je vais prendre mes précautions.
Roland : Dis-moi mon petit François, tu es venu ici sur cette terrasse pour me menacer, là où je t’ai appris à faire du vélo à roulettes. Tu veux vendre ? Vas-y. Mais je te préviens, ceux qui se présenteront ici, ils feront la visite à coup de pieds au cul. (Il lui redonne la feuille.)
INTÉRIEUR - Dans l’hôtel Select - Chambre de Rachel - Matinée
Aïcha regarde la tension de Rachel.
Aïcha : 19.9 (Voyant le regard de Rachel.) Ouais, c’est beaucoup, hein.
Rachel : Normal. Quand on vit sous le même toit qu’un assassin.
Aïcha : Non mais ce n’est pas un assassin. C’est un client de l’hôtel. Avant il habitait dans le quartier, c’est toi qui me l’a dit.
Rachel : Oh, merci, je ne suis pas complètement gâteuse. Léo Castelli, il a tué sa femme.
Aïcha : Mais non.
Rachel : Mais si. Il n’a pas été en prison parce qu’il est de la police.
Mirta : (En arrivant dans la chambre de Rachel avec la radio cassée.) Oh, il n’y a rien à faire, elle est morte.
Rachel : Et bientôt ce sera notre tour. (Elle se lève.) Avec ce flic qui rôde.
Mirta : Oh, Rachel, je n’allais quand même pas lui refuser une chambre.
Rachel : Tu as vu son regard, aiguisé comme un couteau. Ça ne trompe pas le regard. Quand je pense à ce qu’il a dû faire subir à sa pauvre femme. (Elle quitte la chambre mais est interpellée par Aïcha.)
Aïcha : Tu vas où comme ça ?
Rachel : (Énervée.) Faire un tour. Je me sens oppressée.
Mirta : Rachel, vous êtes en convalescence.
Rachel : Oui, pas en prison. (Elle ferme la porte derrière elle.)
Aïcha : (À Mirta ; à voix basse.) Léo, il a vraiment tué sa femme ?
Mirta : Mais on ne sait pas, on n’a jamais retrouvé son corps.
Aïcha : C’est affreux.
Mirta : (En commençant à faire le lit de Rachel.) Ah, c’est une sale histoire. Il a été mis en garde à vue.
Aïcha : Mais pourquoi ?
Mirta : Il était violent avec elle. L’enquête n’a rien donné, il a été muté à Lille.
Aïcha : À Lille ? Mais on continue de le soupçonner dans le quartier ?
Mirta : (En faisant le lit.) Tu sais quand tu es accusée, tu as été blanchie, il reste toujours un doute. Le seul qui a cru qu’il était innocent, c’est Roland.
INTÉRIEUR - Dans la boutique de Charlotte - Matinée
Elle embrasse son compagnon, qui sort, alors que Blanche entre dans sa boutique.
Blanche : Encore un éconduit ?
Charlotte : (En souriant.) Je ne voulais pas lui faire de peine mais je n’ai pas réussi. (Elle rigole.) Je crois que j’ai le cœur en panne, Blanche.
Blanche : Tu veux qu’on en parle ?
Charlotte : Malheureusement, il n’y a rien plus à dire. Et toi ? Prête à affronter le départ de ta petite dernière ?
Blanche : Bien sûr, elle réalise son rêve alors forcément je suis contente pour elle.
Charlotte : Je t’en prie, dis-moi la vérité.
Blanche : Tu sais en ce moment, rien ne peut m’atteindre. Heureusement, parce qu’avec tout ce qui me tombe dessus.
Charlotte : Blanche, je t’ai dis que ça pouvait attendre.
Blanche : On commence par faire des petites dettes et puis des grosses, et puis ça s’accumule et puis on s’en sort plus.
Charlotte : Alors, il paraît que le Mistral va être vendu ?
Blanche : (Étonnée.) Quoi ? Tu es au courant ?
Charlotte : Tout le quartier est au courant, Blanche.
Blanche : (Dépitée.) En fait, François a décidé de vendre parce que… (après une pause) on a plus un sou, Charlotte. On est surendetté, ruiné, les impôts nous menacent et… on se sent...
Charlotte : Ouais, tu es perdue.
Blanche : J’arrive pas à comprendre. Le pire, c’est que François refuse de me donner plus d’explications. Il fait comme si tout allait s’arranger, comme s’il maîtrisait la situation.
Charlotte : Et il a son rôle de mec à tenir, c’est tout.
Blanche : Il me fait penser à ce type qui tombe du dixième étage et qui répète : “Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien”. (Elle donne le chèque à Charlotte.)
Charlotte : En fait, je ne t’ai pas dit. (Elle arrache le chèque devant Blanche.) La maison ne prend plus les chèques. (Blanche se met à souffler.) Et oui. (Elles se mettent à rire et Charlotte laisse tomber les morceaux au sol. Blanche fait non de la tête.)
EXTÉRIEUR - Près de la plage des Catalans - Marseille - Matinée
Rudy : (Énervé ; à Lucas.) Je ne la sens pas cette rentrée. Attends, j’ai envie que d’une chose : c’est de rester allongé pendant un an.
Lucas : Ce sont les prémices d’une dépression ou c’est parce que Ninon est rentrée à Paris.
Rudy : Tu vois, si tu n’avais pas balancé à son père, on n’en serait pas là, tu vois.
Lucas : (Il remet bien la serviette.) D’accord, c’est bien ce que je me disais. Tu me fais la gueule, hein ? Ben elle serait repartie de toute façon.
Rudy : Oui mais pas comme ça tu vois, pas en nous prenant pour des tocards.
Lucas : Ma parole, tu es accro, hein. Si, si, si, c’est super net là. Remarque, c’est positif aussi. Tu vas découvrir une nouvelle sensation. Le chagrin d’amour.
Rudy : Ça va, ça, je n’ai rien à faire de cette meuf. Ah tu vois, elle peut aller vivre à Marseille, sur Vénus, je m’en fiche, moi. Que c’est son problème, ce n’est pas le mien.
Lucas : C’est ça. (Il se met à sourire et regarde sur sa gauche et voit une jolie femme.) Oh, oh Rudy, tu vas pouvoir me montrer que tu n’as pas perdu la main. Vas-y, elle est pour toi. (Insistant.) Mais alors.
Rudy : Ben, je n’ai pas envie. Voilà.
Lucas : Voilà, donc ça, c’est la preuve t’es accro, c’est bien ce que je dis.
Rudy : C’est la preuve de rien du tout. Eh bien, tu sais quoi, on va échanger, on va échanger les rôles, tiens pour une fois. Hein. Tu vas y aller. (La jeune femme enlève sa chemise.)
Lucas : Non, non, non, non. Moi avec cette fille sur la plage, ce n’est pas mon genre. (Il enlève son pantalon.)
Rudy : Même si je te file ma place au Vélodrome ? (Voyant la tête de Lucas, il se met à rire.) Regarde ça, elle lit un bouquin sur le ciné. Pour toi, c’est la chance de ta vie. (Il continue de sourire alors que Lucas a l’air rêveur.)
EXTÉRIEUR - Dans les rues de Marseille - Journée
Vincent : Tu es sûre que tu ne vas pas regretter ta décision, parce que maintenant, on ne revient plus en arrière. (Pendant que Ninon sourit.) C’est toi qui a choisi et c’est définitif.
Ninon : C’est définitivement… Marseille. Après le week-end qu’on vient de passer, je ne vois pas comment on pourrait rentrer à Paris, hein.
Vincent : Dans le style grisâtre et dans le stress. J’ai l’impression que c’est le début d’une nouvelle vie.
Ninon : Une nouvelle vie… (en regardant son père) avec de nouvelles règles de vie. Pas de prise de tête sur les sorties avec les amis, partage équitable de la chaîne Hi-Fi et de la télécommande, et surtout, je ne veux pas voir un défilé de nanas à la maison.
Vincent : OK. Mais toi tu réussis ton bac. Non, c’est sérieux Ninon, cette année il faut vraiment que tu bosses.
Ninon : Il faut qu’on bosse. D’ailleurs, tu as eu des nouvelles de la fille de la mairie.
Vincent : Pas vraiment, enfin, pas encore.
Ninon : (En souriant.) Oh, ben alors là, et en plus t’es au chômage. C’est vraiment le début d’une nouvelle vie, hein. On va enfin connaître la galère, on va se battre, hein. Moi, je pourrais peut-être trouver un petit boulot.
Vincent : Le bac Ninon. Le bac.
Ninon : (En soupirant.) D’accord, le bac. En attendant, il me reste deux jours de vacances et je compte bien en profiter.
Vincent : Oui mais je ne te laisse pas partir seule à Marseille, hein, tu pourrais faire de mauvaises rencontres ou euh, décider de rentrer à Paris.
Ninon : Et papa, j’ai oublié la règle la plus importante, la règle d’or : ne pas devenir un père collant. (Elle s’en va en faisant un signe de la main vers son père.)
INTÉRIEUR - Dans l’hôtel Select - Au comptoir - Matinée
Aïcha tente de réparer la radio de Rachel.
Mirta : Alors ?
Aïcha : Pfff.
Mirta : Viens voir. Viens voir. (Elles s’éloignent.) Évite de trop parler avec Léo. S’il te pose des questions, ne lui répond pas. J’essaie de le faire partir, je n’ai pas envie que tu es des ennuis.
Aïcha : Et ben quoi, quels genres d’ennuis ?
Mirta : Mais tu sais bien, avec ton visa de tourisme, si la préfecture apprend que tu travailles ici, on pourrait avoir des problèmes.
Aïcha : Mais on a qu’a lui dire la vérité, que, que tu m’héberges en échange d’un peu de ménage, tu me paies, tu me nourris enfin.
Mirta : Ce n’est pas pour moi que j’ai peur, Aïcha. On pourrait t’expulser. (Rachel descend doucement les escaliers.) Tu n’as pas le droit de travailler.
Aïcha : Mais attends, si je ne travaille pas, j’aurai, je ne pourrai plus rentrer chez moi.
Rachel : (Arrivant près d’elles.) Mirta, c’est l’heure de mon jeu et je n’ai plus de radio.
Mirta : Mais vous n’avez qu’à l’écouter dans ma chambre.
Rachel : (À voix basse, elle s’assoit sur un fauteuil.) Alors, Léo, il va lui demander de partir ?
Mirta : Vous écoutez aux portes maintenant.
Rachel : Je n’écoute rien mais j’entends tout. (Elle se met à sourire. Pendant ce temps, Léo descend les escaliers.)
Mirta : (En voyant Léo descendre.) J’arrive. (Elle va au comptoir.)
Léo : C’est toujours aussi, comment dire, en commun chez toi. Je vais te payer un mois d’avance. (Le regard de Mirta change.)
Mirta : (Gênée.) Euh, c’est-à-dire, que je ne loue plus au mois. Avec le TGV, il y a beaucoup de touristes et je ne peux pas me payer le luxe de bloquer une chambre.
Léo : Qu’est-ce que tu me racontes ? Ça revient au même. C’est pas un service que je te demande.
Mirta : (Soufflant.) Hmm, je sais bien mais euh…
Léo : Si tu veux savoir pourquoi je suis revenu. Pendant toutes ces années, j’ai eu l’impression de vivre en exil. Maintenant, je veux rentrer chez moi et chez moi, c’est le Mistral.
Mirta : Mais tu ne pourrais pas essayer de te trouver un appartement ?
Léo : Mais tu pourrais bien me rendre ce petit service. Souviens-toi, il y a des années, je t’ai aidée, toi aussi. (Mirta regarde vers Rachel et Aïcha puis revient vers Léo.) Je ne peux pas te forcer à quoi que ce soit, Mirta. Donne-moi ta réponse avant ce soir. (Il s’en va.)
Rachel : (À voix basse.) Alors, qu’est-ce qu’il a dit ?
Mirta : (S’avançant vers elle.) Il va voir ce qu’il peut faire.
Rachel : (Prenant un bouquet.) Vous voyez, il fait même mourir les fleurs.
Mirta : Oh, Rachel.
On voit Léo en train de marcher, Mirta à arroser les fleurs, Ninon et Rudy se faire des câlins sur la plage. Rudy est en train de regarder Lucas avec la jeune fille sur la plage en train de discuter.
EXTERIEUR - Sur la plage - Journée
Lucas : Et rose comment ?
Jeune femme : Mais non, l’esprit vengeur c’est… Il faut absolument que tu voies ce film.
Lucas : Ah bah ouais, ouais, ouais.
Ninon : (Qui s’approche de Rudy qui sourit, elle semble en colère.) C’est quoi ton signe ? Balance j’te parie, ascendant cafteur.
Rudy : T’as, enfin, j’hallucine, attends, je rêve, je vais me réveiller. Allons, on est à Marseille, alors quoi tu restes ?
Ninon : Ça va dépendre. (Elle s’assoit à côté de Rudy.) Est-ce que je veux supporter le soleil, la mer, les bars associatifs pas chers, les concerts sur les docks ?
Rudy : Ah.
Ninon : Est-ce que j’aime me faire des potes ? Des vrais amis tu sais, sur lesquels on peut vraiment compter quoi. pas le genre qui balance à tes parents à la première embrouille.
Rudy : C’est ton père qui nous a mis la pression, alors forcément, Lucas, il n’a pas pu tenir sa langue.
Ninon : Ah ouais, parce que toi tu n’es pas du genre à craquer.
Rudy : Moi ? Quand même pas sous la torture.
Ninon : (En se levant.) Bah ouais, je ne te crois pas.
Rudy : Joue pas ça avec moi.
Ninon : Et pourquoi ? Tu vas le dire à mon père. (Elle pèse ses mots.)
Rudy se lève et chasse après Ninon qui court autour de la plage. Il passe au-dessus d’un homme qui se repose.
Rudy : Excusez-moi.
Elle s’allonge et Rudy aussi et ils se font des câlins.
Rudy : Oh, pardon.
INTÉRIEUR - Dans le bar du Mistral - Journée
Roland : Bon, signature et adresse.
Mélanie entre dans le bar.
Mélanie : Dites patron, c’est bien beau de sauver le Mistral, vous pourriez me donner un coup de main en salle. (Elle prend une cuillère et la met sur son plateau et part avec pour servir des clients.)
Roland : (A un client.) Alors cet aïoli ? (Le client fait du bruit avec sa bouche pour dire que c’est bon.) Alors, tu as déjà mangé une mayonnaise aussi légère, aussi goûtu ?
Client : Si je dis oui, je gagne un truc ?
Roland : Eh oui, le droit de signer la pétition. C’est pour empêcher la fermeture. (A Mélanie.) Eh, cinquante signatures en deux heures, tu te rends compte. C’est plus un élan de solidarité, c’est une mobilisation générale. (Il va vers la banderole où il est écrit : “Sauvons le Mistral”.) Mesdames et messieurs, mesdames et messieurs, merci de votre soutien. Le Mistral est dans la famille depuis trois générations. Mon père le tenait de son père. Et il l’a donné à mon fils, pensant qu’il en ferait bon usage mais il a décidé de vendre. (Dans l’assistance, c’est la stupéfaction.) Et ça, si mon père l’apprend, il va se retourner dans sa tombe. (L’assistance se met à rire.) Le Mistral qui disparaît, c’est la vie du quartier qui va s’éteindre. Alors tous ensemble, nous allons gagner, nous allons sauver le Mistral.
L’assistance : Ouais. (Tout le monde est content.)
Roland : (Voyant arriver Mélanie.) Voilà. Hey, tu te rends compte, on dirait que j’ai fait ça toute ma vie. (Mélanie fait montrer à Roland l’entrée où se trouve Blanche. Roland change de visage.)
EXTÉRIEUR - Sur la plage - Journée
La jeune fille parle mais on ne sait pas ce qu’elle dit.
Lucas : Ouais, il n’avait peut-être pas tort. Des fois, je me dis que le silence, c’est pas mal non plus. (En regardant l’heure.) Ouh là, bon ben, il faut que j’y aille. Salut. (Il rejoint Rudy et Ninon.)
Rudy : (Pendant que Ninon rigole.) Bon, ben t’as gagné, je me rends.
Lucas : Alors, on ne dit plus bonjour ?
Ninon : Ben, je ne voulais pas te casser ton plan, hein. Elle est mignonne.
Lucas : Ouais, sauf qu’il faut que je tombe sur la seule fan du muet japonais de tout Marseille.
Rudy : Quoi, t’es sérieux ? C’était le destin. Elle était faite pour toi, mec.
Lucas : Ouais mais en plus, elle n’a pas arrêté de parler de toi. Elle trouve que tu ressembles à l’un des sept samouraïs.
Rudy : Moi ?
Ninon : Hey, attention, elle s’approche, elle n’a pas l’air d’être contente, hein ? (Elle siffle tandis que la fille passe à côté d’eux.) Ah, je vous adore. C’est vraiment courage fuyons.
Lucas : Bon, et toi alors, tu n’es pas encore repartie ?
Rudy : Non, elle ne part plus, elle est inscrite dans mon lycée. Elle est en littéraire, moi en scientifique. A nous deux, on va régner sur tout le bahut. (Ils se mettent à rigoler.)
Lucas : Bon, ben, maintenant, il y a la tradition, alors. Attends, on ne va accepter personne dans le quartier si elle n’a pas reçu le baptême marseillais, tu vois.
Rudy : Ah oui exact, c’est l’épreuve obligatoire.
Lucas : Je dirai même le rite initiatique. Attention.
Ils prennent Ninon par les mains et les pieds et l’amènent vers le ponton.
Ninon : Non, oh non, oh non.
Lucas et Rudy parlent mais on ne sait pas ce qu’ils disent.
Ninon : Non, non, non.
INTÉRIEUR - Dans le bar du Mistral - Journée
Blanche et Roland sont en train de discuter.
Roland : Mon propre fils, Blanche, tu te rends compte ? Mon propre fils.
Blanche : Je comprends Roland mais est-ce qu’on ne peut pas se mettre autour d’une table au lieu de…
Roland : (La coupant.) Au lieu de quoi ? Je me défends, c’est tout.
Blanche : En rameutant tout le quartier ? Vous avez pensé aux enfants qui vont se retrouver au milieu de vos histoires ? Qu’est-ce qu’ils vont dire en voyant leur père et leur grand-père s’étriper ?
Roland : Bon alors, je devrai laisser François me dépouiller pour ne pas faire de peine aux enfants ?
Blanche : Vous savez ce que je crois ? Je crois que ça fait des années que vous cherchez à vous bagarrer tous les deux. Alors allez-y, ne vous gênez pas. Déclenchez la guerre du Mistral. François Marci contre Roland Marci. Et tous les coups sont permis. Avec un peu de chances, on passera aux infos régionales. (Elle se lève.) Mais je vous préviens, moi, je ne resterai pas à compter les points contre vous. Parce que vous êtes des gamins, aussi bornés l’un que l’autre. (Elle s’en va. Mélanie lit le journal pendant que Roland regarde autour de lui. Il se lève et est réconforté par une mistralienne qui est au bar. Il retourne derrière son comptoir.)
Roland : (Il met en boule les papiers de la pétition.) Bon, c’est bon, on laisse tomber la pétition. (A Mélanie.) Ça ne veut pas dire que je vais me laisser faire, c’est mal me connaître. (Il retourne dans la cuisine.)
INTÉRIEUR - Dans l’hôtel Select - Journée
Mirta est en train d’asperger de l’eau sur les feuilles d’une plante. Aïcha arrive près d’elle.
Aïcha : Mirta.
Mirta : Hmm.
Aïcha : Si tu mets Léo à la porte à cause de moi, franchement, euh, je ne me le pardonnerai pas, quoi, je n’aime pas causer du tort.
Mirta : Ne t’inquiète pas de ça, Aïcha. (Elle va derrière son comptoir et Aïcha la suit.)
Aïcha : Tu sais, tu m’as accueillie, tu as accueilli Rachel. Qu’est-ce qu’on serait devenu nous, si tu nous avais rejetées. Si ça se trouve, il a peut-être aussi besoin de toi. Peut-être que, peut-être que si tu le rejettes, il ne s’en remettra pas. (Un couple descend.)
Mirta : Ben, je sais tout ça. J’y pense, figure-toi. (L’homme donne les clés de la chambre et le couple s’en va tandis que Mirta range les clés dans une case. Rachel arrive.)
Rachel : Je vous annonce une grande nouvelle, le bar du Mistral est fermé. Fermé jusqu’à nouvel ordre. C’est écrit, il n’y a aucune explication. Il se passe des choses, ils se passent des choses. (Elle se frotte les mains.) Il se passe des choses, hmm. (Aïcha s’en va tandis que Léo arrive, ce qui met mal à l’aise Rachel.)
Léo : Votre radio est réparée, madame Lévy ?
Rachel : Non, mais merci.
Mirta : Léo, viens avec moi. (Ils s’isolent.) J’ai réfléchi, tu peux rester ici le temps que tu voudras.
Léo : Merci.
Mirta : Ce n’est pas la peine de me remercier, hein, mais je te demande une seule chose.
Léo : (La coupant.) Si ça peut te rassurer, j’ai pas l’habitude de fouiller dans la vie privée des gens, ni dans leurs papiers d’identité, ni dans leur carte de séjour. (Il s’en va.)
EXTÉRIEUR - Près du bar du Mistral - Journée
François arrive mais la grille est fermée. Il la lève et entre dans le bar.
INTÉRIEUR - Dans le bar du Mistral - Journée
François : Ah, mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? (Il entre et dépose la mallette sur une table. Roland arrive.) Tu peux m’expliquer ?
Roland : Déjà ? Mais comment tu es rentré ?
François : (En montrant les clés.) Précaution n° 1. Mais toi, tu vas me dire. (Il est coupé par un coup de téléphone.) C’est pas le moment. Allô ? (Entendant quelqu’un.) Mais arrête de crier Blanche, je, je n’annulerai pas ce rendez-vous. Ah non, ah non, je ne le décalerai pas non plus. (Entendant Blanche.) Ah, tu t’y mets toi aussi. Mais… (Quelqu’un frappe à la grille.) Non, mais, non mais c’est pour nous que je fais tout ça. De toute façon mon rendez-vous arrive, ex… non, excuse-moi, je te rappelle. (Il raccroche et fait entrer le potentiel acheteur.) C’est vous pour le bar ?
Boris : Boris Bonnant.
François : Enchanté.
Boris : Enchanté, monsieur.
François : François Marci, je suis le propriétaire, voici mon père, c’est le gérant.
Boris : C’est quoi ce bourbier là ?
François : Oui, moi aussi, j’aimerai bien le savoir.
Roland : Ben, ça ne se voit pas. On a une fuite en cuisine et je ne suis pas responsable des accidents hydrauliques de la ville de Marseille.
François : Je ne t’avais dit “Pas de coup tordu”.
Boris : Le problème, c’est qu’on ne se rend pas bien compte de l’espace là.
François : Ouais, aucun problème. J’ai ici le plan détaillé du lieu. (Il sort le plan de sa mallette.) Ainsi que de quelques photos qui datent de la semaine dernière avant ce malheureux incident. Les photos de Gilles, précaution n° 2.
Boris : Et à part les problèmes d’infiltration ?
Roland : Ben, il y a aussi l’aération. Et puis les petites bêtes. (Il se met à ricaner.) Heureusement que l’hygiène ne vienne pas fourrer dans nos affaires parce que…
Boris : Et on peut quand même voir dans la cuisine ?
Roland : Ah, le lieu du crime, vous allez voir, c’est impressionnant. (L’homme va vers la cuisine.) Attends fiston. (L’homme et François inspectent la cuisine.)
INTÉRIEUR - Dans l’hôtel du Select - Journée
Rachel est dans le couloir menant à sa chambre lorsqu’elle voit un paquet sur le pas de la porte. Elle le prend, le pose sur un meuble et sort un carton. C’est une nouvelle radio et elle est contente.
Rachel : Mirta. Mirta. (En élevant la voix.) Mirta.
Léo ouvre la porte et voit Rachel.
Léo : Elle vous plaît ? La radio ?
Rachel : Ah, c’est toi ? Pas mal. (Elle la soupèse.) Pas très lourde, hein. C’est sûrement de la camelote mais ça dépanne.
Elle entre dans sa chambre, toute contente.
EXTÉRIEUR - Près du bar du Mistral - Journée
Roland : Vous vous êtes déplacé pour rien.
Boris : Non, je ne crois pas non. J’achète. Ouais. Il n’y aucune fuite là, vous pouvez me faire confiance, j’ai l’habitude.
François : J’en étais sûr. J’ai la promesse de vente sur moi, si vous voulez la signer.
Roland : Non mais attendez, ça ne paraît pas aux normes là. Vous allez avoir des travaux pendant des années, ça va vous coûter une fortune.
Boris : Ne vous inquiétez pas, de toute manière, je vais tout raser.
François et Roland : (En même temps.) Quoi ?
Boris : C’est fini la restauration messieurs, dans six mois ici, ça va devenir une imprimerie-carterie, cartes postales, cartes de visite, photocopies. “Espace impression fantaisie” ça va s’appeler. Tiens quelqu’un gardera le distributeur de boissons ça.
Roland : Tu ne l’avais pas dit ça, traître.
François : Mais je ne savais pas moi ça. (A l’homme.) Qu’est-ce… qu’est-ce que c’est que cette histoire de tout raser ?
Boris : Comment ça, si je suis le propriétaire, j’aurais quand même le droit…
François : Mais rien du tout. Moi, je vends à quelqu’un qui reprend l’activité, sinon, ça va devenir quoi ce quartier, un désert ?
L’homme souffle et fait un signe de la main pour dire au revoir et il s’en va.
Roland : (En rigolant.) Bravo ton client. Alors là.
François : Tu n’as aucune raison de pavoiser parce que je vais en trouver un autre, et ça ne va pas traîner.
Roland : T’as raison, il est sous tes yeux.
Dans le prochain épisode :
Malik regarde un document et le lit.
Malik : Questionnaire de santé.
Roland : Merci, je sais lire.
Malik : Bilan sanguin, radio des poumons, cardio sous efforts, PSA, je ne sais pas ce que c’est.
Mélanie : C’est un examen d’analyses pour la prostate.
Malik : Bon, il n’y a pas à s’en faire, le crédit vous l'aurez, vous êtes solide comme un roc.






